Nostradamus - Biblio - Galen

 

Paraphrafe de C. Galen

"Paraphrafe de C./ GALEN, SVS L'EXOR-/tation de
Menodote, aux eftudes des/ bonnes Artz, mefmement
Medi-/cine : Traduict de Latin en / Francoys, par Mi-
chel/ Noftradamus./

(Fleuron A 172)/(Vignette A 1)

A LYON, / Chés Antoine du Rofne. / 1557."
(95 x 150 mm, 69 pp. avec une figure dans le texte,
accompagné de cinq bois gravés, 8 ff. n.ch.)

(CF. B.MAZARINE (PARIS) : 29247/ B.LYON : RES 373 199- CET EXEMPLAIRE EST INCOMPLET. BRUNET, T.IV, COL. 10 / DELPY, P. 117, N" 1823 / XVIe SIECLE CIORANESCO, P. 528b, N° 16601 / CHOMARAT, 1971, PP. 41 & 42, FIG. 13/ CHOMARAT, 1973, P. 3, FIG. 3 / CHOMARAT, 1976, P. 4 )

Thank you to Dr. Lucien de Luca and to his beautiful site

 

P a r a p h r a f e  d e  C.

G A L E N , S V S L ' E X O R-
tation de Menodote, aux eftudes des bonnes Artz, mefmement Medi-
cine: Traduict de Latin en
Françoys, par Michel
Noftradamus


A LYON
Chés Antoine du Rofne
1557

 

DE L'ESTATVE DE GALEN, TRADVICT DV GREC

Huictain.

Le temps estoit quant la terre engendra,
L'homme mortel, par fa fcience infufe:
Quant l'art iactrice Barbare parfondra,
Le grand Galen qui lors estoit confufe.
Terre, immortelz nouriffoit, quant diffufe
Estoit fa fame, & la porte damnable:
D'Enfer vuydee, par art des mains qu'il ufe,
Par fa doctrine iactrice tant loüable.

 

 

A TRESHAVT, TRESILLVSTRE,
trefmagnanime,& tresheroïque Seigneur monfei-
gneur le Baron de la Garde,Cheualier de l'ordre du
Roy,Admiral des mers de leuãt,Michel de No-
ftredame fon trefhumble & obeiffant fer-
uiteur, baifant la main dextre de
fon trident, enuoye falut
& felicité.

 

 

Dv premier temps, que les lettres commencerent de pulluler, ô trefilluftre & tresheroïque Seigneur, fut vne couftume, & defpuis par plufieurs fiecles paffez eft venu en tel fuprefme degré de augmentation, & defpuis obferuee : que ceulx qui par moyen de leurs continuelles vigiles, venoyent mettre en lumiere quelque cas nouueau comprins par le labeur des lettres, qui fuft digne d'eftre leu : ou bien aufsi fi quelqu'vn par moyen de fon induftrie venoit à fufciter quelque œuuvre par plufieurs fiecles ia paffez par l'iniure du temps eftaincte, ou prefque du tout fuffoquee, ilz venoyent longuement à premediter à qui premierement on viendroit à confacrer leurs œuuvres : tellement qu'ilz venoyent à choifir le perfonaige & leur defdier, qui en peuffent faire ample iugement, ou bien à leurs plus proches amys le confacrer, que tous aufsi fuffent vnanimes à le deffendre [A2] de la calomnie des enuieux, & aufsi que par le point principal, par l'efplandeur & renõmee de leur nom, donnaffent à l'œuure, & au faict fufcité plus grand credit & reputation, & que par meilleur droit & digne raifon puiffe eftre fouftenue & viuifié : car il ny à celuy qui tant foit hebeté de fens, qu'il ne confeffe que le nom d'immortalité & de loüange fempiternelle, ne doiue eftre cõferuee au Seigneur & patron, à qui le monument de l'œure (pour exigüe qu'elle foit) à efté confacré, s'il eftoit requis, oultre l'enuie de conferer les trefgrans faictz aux trefinfimes. Valere le grand à confacré fon œuure, non moins admirable que memorable, à Tiberius Cæfar, qui fucceda apres Augufte, & Plinius voulut confacrer fes diuines œuures à Vafpafien Empereur, & martial à Domitian, puis à Nerua & innumerables autres, & fi oferois teftifier, qu'il n'eft pofsible qu'on puiffe defnier, que les fufdictz Empereurs ne foient eftés beaucop plus celebres, par moyen de la renommee de ceulx qui ont cõfacrés telles œuures à leur mageftez, & fi ne pouuons bonnement fçauoir s'il eft pofsible : affauoir mon, fi lon peult dõner plus grande celebrité de nom, plus grand honneur, plus grande gloire, ne faire cas plus digne de grãde excelence que celle qui fe vient proclamer par l'eftude de bonnes lettres, ou par les liures.Combien que fi petit opufcule ne requiert fi grand, encores ie ne doubte point que en ce monde ou tous fommes relegués, fe puiffe trouuer rien qui foit plus digne, ne plus pre|cieulx que les bonnes lettres, & aufsi le bien, l'honneur, & la gloire que par moyen des difciplines l'hõme vient atteindre & pourfuiure, rien ne peult eftre plus noble par l'vniuers, ne plus honnefte, que quant tout eft conclud, il n'y a rien en ce monde qui doiue ne aufsi fe puiffe preferer à l'immortalité, que aux vaillantz & ftamittes capitaines, tant au faict terreftre que maritime eft preparé, que reuoluant lõguement votre digne excellence combien par moyen de votre trident auez conferué, non tant feulement l'vniuerfelle claffe gauloise : mais aufsi combiẽ vous eft redeuable la bone maritime des mers du leuant, que les habitants d'iceulx font eftez des rauiffeurs Barbares pirattes deliurez & fouftenuz, s'il eft requis, ô illuftre Seigneur, hors toute affolution adulatrice, combien de foys auez efté enuoyé par les trefchreftiẽs Roys de Frãce, en ambaffade deuers le grand monarque, qui obtient l'Empire par la plus part de l'Europe, par toute l'Afie, & l'Affrique tellement que votre legation à efté de fi felice & heureufe profperité, que non tant feulement d'homme viuant en l'vniuers, ne aufsi de plufieurs fiecles paffez, n'a echeu à homme viuant d'auoir conduict fi innumerable armee de mer, fortie des plus profondes ftations, tant d'Affrique que de l'Afie, voler aux pacifiques vndes de la mer Mediterranee, & aufsi plufieurs & femblable proueffes accomplies par voftre magnanimité, & non moins auez eftendu voftre immortelle renõmee par voftre temebonde trident, aux Orientales mers : mais auez faict trembler [A3] les habitants des vagues du grand Ocean : tant que la renommee en eft iufques aux cieulx, que fi aux opinions du vieillart Taciturne, de l'isle de Samos prenons figne de foy, auez fufcité l'ame iadis du grand Neptune, de qui de droict, ô tresheroïque Seigneur les armes vous appartiennent : & tiens par vne affeurãce que ce à efté voftre excellence, qui à paracheué la prophetie de l'efcript de la Sibille, qui n'a guieres à efté trouué es plus profondz abifmes de l'Occident, proche des colonnes d'Hercules.

 

 

Voluentur faxa litteris & ordine rectis,
Cùm videas Occidens & Orientis opes :
Ganges indus, tagus, erit mutabile vifu,
Merces commutabit fuas vterque fibi.

 

Doncques, ô heroïque Seigneur, eftant certioré de voftre erudition nauale, foy, probité, & valeureufe magnitude, ay librement prins vefte temeraire audace, vous offrir ce petit opufscule de C.Galen, ia longtemps traduict en langue françoife, intitulé le Paraphrafe de C.Galen de pergame, fus l'oraifon de Menodote, aufsi autheur grec, qu'il à faict & compofé aux eftudes des bonnes Artz mefmement Medecine : & combien que foit exigüe, mais prefque ayant vne officine de Vulcan, remplie de tout genre d'artifice, œuure prefque diffemblable aux imefurees labeurs de l'autheurs, & entremeslee de plufieurs hiftoires anticques, & apophthegmes, auec plufieurs vers, tant heroïques que tragiques. Ay voulu choifir ceftuy icy, & ne dis les caufes parquoy, la eft comprins vne certaine defcription de la fortune oc|cafionaire, autrement & au vray defcripte que n'eft par les efcripuains du fiecle pafsé, mefmes de ceulx qui premieremẽt ont inuenté la defcription d'icelle, que plufieurs fe pourront fpeculer dedans, comme au parfaict miroër d'experience : auecques la defcription de l'hiftoire du grand Milo crotoniales, que oncques ne fe trouua homme plus robufte que luy, que ainfi qu'on lict, il empoignoit vne pomme grande en fa main, & ne trouua iamais hõme en fon tẽps aqui la luy fceut arracher des mains, & nonobstãt les violences faictes pour l'ouuerture, la pomme eftoit encore toute faine & entiere : apres en Olympe de pyfe il porta fur fon doz vn toreau tout vif, par le long de l'eftade, qui font la longueur de fix fens piedz d'Hercules d'vne feule haleine, puis le defchargeant luy dõna vn coup de poing entre les deux cornes qu'il le tua, & guieres ne tarda qu'il ne leuft deoré : mais vrayemẽt apres auoir racompté les vaillances de ce geant durant fon principal foleil leuant, certainement proche de fon midy, fa fin fut bien miferable, que apres auoir fendu par la violence de fes mains, mefprifant le iouuenceau qui auecques de coingz venoit à diuifer l'arbre, luy mefmes en feit de diuifes pars, & fa premiere force eftant eruptie à la premiere diuifiõ du tronc, volut derechef emploier fes forces, mais elles eftoient ia peries, & fe trouua fi fort enferré dedans l'vnion arboree qu'il ne les peult rauoir, & la eftãt fans les pouuoir arracher, luy mefmes fut faict proye aux loups, qui celle nuict pẽdant [A4] que Soleil s'abconfoit miferablement fina fes iours : & plufieurs autres graues & prodigieufes fentences, que voftre digne excelence en pourra donner plus ample iugement : & ne y aura deffault nullement, que ferõt quelques vns, à qui pofsible, qui ne pourroit nullement imiter la moindre partie de la tranflation vouldrõt calomnier quelque mot, que pofsible leur femblera aliené à leurs oreilles : mais l'œuure à efté tranflatee, felon les exemplaires pour lors que par moy ont efté trouuez, que m'a efté pofsible de recourer iouxte ma faculté, & quant aux nombres qui ont efté tornez des poëtes Grecz, ce ne à point efté fans les deux exemplaires Grecz & Latins, à l'vn d'eulx auons mys noftre furnom, aux lettres fuperieures. Vous plaira doncques, ô trefilluftre, tresheroïque, & trefvertueux Seigneur, prendre en gré ce petit & exigüe liuret, par moy traduict, petit & exigüe vrayement priant à la magnitude & excelence de voftre cefuree liberalité, qui vous fera cognoiftre la plus que obeiffante feruitude que continuellement vous porte, & portera à voftre tremebonde trident, le plus humble & obeiffant de voz feruiteurs, toute fa vie. De Salon ce .17. de Feurier. 1557.

 

 


CONTRE LES INEPTES
tranflateurs. A monfeigneur le
commandeur de Beynes.

 

Dixain.

Qui tournés locques, lafnide, & camifynes,
Le François n'ayme les noms tant pontilheux :
Changeant la langue par telles voix maftines
Non vfitees par chemin patilheux.
Vous rauaffes en vous termes poilheux,
Laiffés cela venés à la fontaine :
Suyués le droict fentier, & voye plaine,
Que Galen puiffe s'entendre en noftre langue,
Nous n'enfuyuons que la commune veyne
Qu'auons changé par vne Attique harangue.

 

 

Cenfura ad Lectorem.



Ne putes, amice Lector, hanc Galeni orationem æditam temere : fcito, cum iam compofuiffem, antequam æderem me cenfores huic Opufculo adhibuiffe, Manardum, & Ioannem guilielmos, Antonium torquatû, non minus philofophia & eloquio, quam genere gallos : Antonium laurentium, Rolandum berengarimo, Pychmachelum, & Honoratum caftelanum viros latinæ linguæ peritifsimos, vfum præterea accerrimo Francifci valerrollæ doctifsimi atque humanifsmi viri iudicio : vfum quoque confilio Ioannis Noftradami fratris viri clarifsimi.

M. NOSTRADAMVS

 

 

C. Galen de Pergame, apres
Hippocrate des Medecins obtenant
le principat exortation, aux bonnes Artz mefme-
ment Medi-
cine.

 

ASSVOIR mon les Animaulx que communement font appelez beftes brutes, il ne nous appert pas affés qu'elles foyent expertes totalement de raifon : car par aduenture elles n'ont pas touteffois aufsi celle raifon, laquelle s'entend entre nous commune felon la voix, que l'on nomme ennonciatiue. Certainement excepté celle que foy prend felon l'ame, laquelle lon nomme raifon capable aux affections : elles ont auecques noms tout commun, nonobftant que les vnes plus les autres moins.| Mais certes il appert eftre trop clair : l'homme en cefte partie anteceler beaucoup plus tous les aultres animaulx, ou bien de luy, ou pour le regard de la grande & incomprehenfible multitude des Artz, que l'homme ceftuy animal s'effaye d'apprendre. Car le feul homme eft capable de fcience, & l'art laquelle que ce foit parfaictement la vient entendre. Car certainemẽt tous les aultres Animaulx, prefque la plus grande part font ignares aux artz : finon que tu en vueilles excepter quelques vns. Et fi art aucune eft en eulx, font plus toft furuenues par nature, que par intuition. En apres il n'eft art aucune aux animaulx, que l'homme ne vienne à mediter. Et quoy l'hõme n'a il | pas immité les yragnes en l'art de la tiffure? & de former en terre (en l'ar que fe nomme Plaftique) n'a il pas imité l'hõme les mouches à miel ? & encores qu'il foit animal terreftre, il n'eft pas pour autant ignorant à noüer. Et n'eft pas deftitué des diuines Artz, venant à imiter l'art de Medicine de Aesculapius & Apollo. En apres aufsi femblablement toutes les autres artz que à Apollo, c'eft à fçauoir tirer à l'arc chanter, diminuer, & quant a ce à vne chafcune des Mufes à peculiere. Ny aufsi n'eft point ignare en la geometrie, ne en l'aftronomie : mais bien viẽt à contempler, comme dict Pyndarus, les chofes qui font foubz la terre : & celles qui font deffus les cieulx. En apres l'induftrie l'orne du plus grand bien fur tous, c'eft à fçauoir, la philofophie. Doncques pour ces chofes icy (nonobftant que à tous les aultres animaux la raifon n'y eft pas defaillante) toutefois l'homme feul eft appellé raifonna-|ble, pource qu'il vient à preferer en preexcellenfe tous les autres. Affauoir mõ doncques, fi ce n'eft bien infame cela qui nous eft cõmun auecque les dieux mefprifer les autres chofes, tenir en foigneufe eftude : & les Art mefprifees, nous mefmes commettre à fortune : de laquelle l'improbité, les anciens la nous voulant mettre au deuant de noz ieulx, premierement par painctures, en apres par statues la nous reprefentant, ce ne leur eftoit pas affez de luy donner forme de femme, toutefois que c'eftoit vn affez grand figne de folie : mais il luy donnarent entre les mains, un matz de nauire, & luy mirent soubz les piedz vn fondement ayant la figure de Sphere : & en apres la vont priuer de fes ieulx, declairant merueilleufement bien par cefte façon fon inconftance. Doncques tout ainfi | comme au nauire vehementement agité par maritime tempefte, tant que la nauire foit en grand danger, & à celle fin que par orages & fluctuations brifee au profond, ne foit fubmergee, mefchantement feroit qui viendroit commettre le matz au gouuerneur aueuglé. Ie viens à opiner femblable à la vie humaine, que en plufieurs maifons ilz fe font beaucoup de plus grãs naufrages, que ne prouiennent des fcaphes en la mer, ne iugeroit pas droictement, & par tout & de tous coftez eftans & fermes, fe viendroit à commettre à la deeffe aueuglee, ne guaires aufsi ftabile : car elle eft tant ftupide & tant folle & dehors de fens, que fouuenteffois les gens de bien delaiffez, defquelz il eftoit neceffaire en auoir raifon, vient à locupleter les indignes : mais elle ne | faict pas cela conftantement, mais afin qu'elle en apres vienne à ofter, ce qu'elle auoit donné de pareille temerité. En après vne grande tourbe d'hommes fans erudition, fuyuant cefte deeffe, laquelle ne demeure iamais en vn mefme eftat, pour la volubilité du fondement, ou bafe ou elle eft mife : lequel la conduit puis ça, puis là, & vient à rauir par trebuchement : & bien fouuent en la mer, en apres la mefmes tous ceulx qui la fuyuent meurent, mais quoy ? elle feule efchape non lefee & fans dommaige. Cependant que les autres pleurent, elle rit. & en vain implorant fon ayde & faueur, voyant defia que ne ça ne la, n'y a nulle vtilité. Et veritablement ainfi font les faictz de Fortune.

 

 

Confidere en apres, la diuerfe forme de Mercure, Seigneur de raifon & autheur des Artz : laquelle vient à repugner au fimulacre de fortune : car il nous fut iadis reprefenté par les anciens. Premierement par painctures, & puis par statues, lequel on painct en forme d'vn beau adolefcent, n'ayant aucune beauté fardee, ou ornee par artifice de perruque : mais bien tout incontinent vient à reluire en fa face vne [B] vertu de couraige : car il eft d'vne face ioyeufe auecques ieulx penetrans, & le fondemẽt la ou il eft afsis fur toutes les figures, eft le plus ferme & n'eft point volubile : ceftaffauoir, partout quarré des quarres, aux quatres angles, tenant aucuneffois. Et nous le reprefentent de cefte figure.

 

 

Tu verras aufsi fes culteurs femblablement eftre ioyeux, comment eft celuy qu'ilz fuyuent, & ne fe complaignent | iamais de luy : comme ont de couftume ceulx qui fuyuẽnt fortune ny le laiffent iamais, ne ilz s'efloignent pas d'auecques luy, mais perpetuellement ilz le fuyuent, & ufent de fa prouidence. Au contraire ceulx qui fuyuent la fortune on les peut voir inertes, & indocilles aux difciplines : toufiours defirãt conduictz par efperance : & quant la deeffe viẽt à courir ilz courẽt, & quoy ? les vns apres les autres loins : & les vns aufsi dependent de fa main. Entre tous ceulx tu verras icy Crefus celuy Roy de Lydie, & Policrates Samien, & par aduenture tu te viendras à efmerueiller. Certes de l'autre, & quoy Patrolus à toute fon abondance inuehit l'or, en aps auec ceulx tu verras Cyrus & Priamus, & Dionifius, vray eft q tu les verras, mais non pas à vn mefme eftat, car Policrates eft clauelé à la croix, & puis [B2] verras Crefus fubjugé à Cyrus, en apres tu verras Cyrus deiecté des autres, & verras Priamus contrict & ferré & Dionifius en Corinthe, que fi tu viens à contẽpler ceulx qui la fuyuent de loing, quant elle court, mais touteffois ilz ne la peuuent pas enfuyure, certainement tu viendrois hayr grandement ce renc: car la ilz font en grand nombre de Orateurs, & plufieurs putains & paillardes, & proditeurs des amys, & la font aufsi plufieurs homicides & foffoyeurs de monumẽts, & plufieurs rapaces, & plus grand nombre de ceulx qui n'ont oncques pardonné aux dieux, & qui les ont pillé par facrilege, en apres à l'autre renc tous les modeftes, & les opifices des Artz, lefquels ne courent ny crient, ne venant à vociferer, ne entre eulx ne viennent à decerter : mais Dieu eft au millieu d'eulx, &`| vn chafcun compofe à fon lieu à l'entour de ceftuy, & ne veulent point abãdonner le lieu que Dieu a vn chafcun a donné, les vns font proches de Dieu, l'enuironnant d'vn art bien compofé : c'eft affauoir les Geometriens, l'Arifmetique, le Philofophe, le Medicin, l'Aftronome, & le Grammatique : l'autre renc fuiuent Painctres, Plaftes ou Potiers, Efcriuains, Orfeures, architectes, & Lapidaires. Apres le troifieme ordre fuit cõtenãt toutes les autres Artz ainfi par ordre vne chafcune digefte, touteffois en façon que tous au Dieu cõmun tornent les ieulx. pareillement aufsi obeiffent a fes cõmandemens, certes tu verras icy vne numereufe multitude adherante au dieu, en apres tu regarderas vn certain quart ordre, par renc efleu extraordinaire & tiré à part non pas femblables a ceulx qui accompaignoient [B3] Fortune : car le Dieu Mercure n'a point accouftumé icy de iuger les trefexcellens, par le moyen de ciuille dignité, ne par nobleffe de fang, ne par opulente richeffe : mais bien qui auroient tranfigé leur vie auec vertu, & aufsi que en leur artz ilz auroient exilé les aultres, & aufsi qu'ilz auroient obey à fes preceptes, & que legitimemẽt viendroient à exerciter les artz, felon leur vacation : ceulx la il les honnore grandement, & les vient à preferer & mettre deuant aux autres, & les à toufiours proches & conioinctz de luy : en ceft ordre eft Socrates, Homerus, Hippocrates, Platon, & telz femblables ftudieux, lefquelz nous les venons à reuerer par equale dignité auecques les dieux, comme certains miniftres & affectateurs du dieu : nonobftant que nul des autres, ne fut iamais mefprifé du dieu. Car il n'a pas tant feulement cure & folicitude de ceulx qui font à fa prefence, mais aufsi il est prefent de ceulx qui nauigent, ne les vient deftituer par nauphraige. Ariftipius doncques nauigant vne fois, le nauire rompu, il fut ietté par la tempefte au riuaige de Syracufe, premierement il commença de auoir bon couraige, quant il vit fus le fable les lignes de geometrie : car il reputoit à foy-mefmes eftre paruenu entre les Grecz & les faiges, & nõ point entre les hommes Barbares, & apres qu'il fut arriué à l'vniuerfité de Syracufe, il vint à prononcer ces vers qui s'enfuyuent.
 

 

Qui receura par dons tout maintenant
Vaguant Oedipus banny & exilé :
De fon pays ce iour humainement,
Que par nauphraige tout à esté pillé. [B4]
Et euft incontinent qui l'allarent voir & quãt ilz eurent cogneu qu'il eftoit, tout incontinent luy allarent impartir tout ce qu'il lut eftoit neceffaire : & en apres luy vindrent quelques vns de fon pays de Cyrene, luy vindrent à demander s'il vouloit rien efcrire aux fiens : commandés leur, dict-il, qu'ilz viennent à acquerir richeffes, lefquelles apres que la nauire eft rompue en pieces, qu'ilz viennent à nouer auec le poffeffeur. En apres plufieurs miferables, ne faifant autre amas que de richeffes, fi par fortune ilz cheẽt en telz affaires, ilz pendent leur or & leur argent au corps, & le mettent à l'entour d'eulx, & tout enfemble perdent leur vie auecques leur trefor : certes ilz ne valent pas tant de reputer entre eulx mefmes, qu'ilz viennent à embraffer, & mutuer cela des beftes brutes, que | font ornements des artz : car certainement ilz viennent deuant mettre les cheuaulx endoctrinés à la bataille, & les chiens aprins doctement à la chaffe ilz les viennent à preferer aux autres, & mettent foigneufe cure de inftituer aux artz fes feruiteurs, & bien fouuent ilz defpendent vne grande pecune à les faire apprendre, & eulx mefmes fe viennent a mefprifer : affauoir mon, s'il ne te femble pas bien deshonnefte & infame ton feruiteur eftre eftimé le pris de dix mille drachmes, & fon maiftre ne feroit pas eftimé vne drachme, quoy ie dictz vne drachme, il ne trouueroit perfonne qui le voulfift prendre en feruice pour rien : donc ne fe font ilz pas renduz beaucoup plus villes que les autres, ilz n'ont aprins nulle art : & voiãt doncques aufsi qu'ilz viennent a apprendre les beftes brutes aux exercita-|tions des artz, & vn feruiteur ignare & en nulle art aprins, ilz le viennent à iuger de nul pris digne : mais qu'ilz curent les champs & autres poffeffions, que s'il eft poffible que vne chafcune foit bien bõne, eulx mefmes tous feulz fe viẽnent à mefprifer, & qui en eft caufe, ne ayant intelligence s'ilz ont couraige ou non, il eft trop manifeftement clair qu'ilz font femblables au moindre de fes efclaues mefprifés : & affin q à tel homme quelcun luy vienne courir fus, & que iuftement luy vienne à parler en femblable parolles. O hõme, certainement ta famille fe porte trefbien, & tous tes feruiteurs & fubiectz, tes cheuaulx, tes chiens, tes champs, & tout ce que tu viens à poffeder eft bien compofé, mais certes toy-mefmes tu es bien peu curieux. Doncques fcientifiquement Demofthenes & Diogenes, de| quoy l'vn des deux venoit nommer les riches, brebis chargees de toyfon d'or, & l'autre difoit eftre faictz femblables aux figuiers, arbres eftans en lieux pierreux, & fommité des montaignes : car de fes fruictz, non pas les hommes n'eftre nourris ne aimentez, mais feruir pour nourrir tant feulement les corbeaux & les cornilles, tout ainfi leur pecune n'eftre point à l'vfance des gens de bien, en nulle façon : mais bien eftre confommees par les flateurs & affentateurs, lefquelz fi ainfi aduiẽt qu'il n'y aye plus rien de refte, par aduenture ilz rencontrent en chemin deuãt eulx ceulx qu'ilz ont fpoliés & taris, ilz paffent oultre comme s'ilz ne le cognoiffoient point : parquoy on dit q ilz font femblables aux fontaines, car ceux qui ont accouftumé de arroufer des fontaines, & fi tout a vn coup elles defiftent | de auoir de l'eau. Incõtinent chez eulx oftez les veftements remettent l'vrine, & certainement il me femble chofe iufte, que ceulx qui ne font hõnorez que par richeffe & qu'ilz foient enfemble fpoliés, femblablement fpolier ceulx qui auoient & eftoient veuz par leurs richeffes : mais que feroiẽt ceulx la qui ne poffedent nul bien propre, qui perpetuellement pendent par autrui, & de ceulx qui font de fortune, mais certes telz font ceulx qui fouuent vendẽt fa nobleffe de prefapre, & en apres fe voyant eftre plaifant a eulx mefmes, leuent les creftes : car iceulx pource que ilz ont faulte de biẽ propre, ilz fe viennent a retirer aux imaiges de leurs maieurs, certes ilz n'entendent pas bien cela, que cefte maniere de nobleffe de fang fe glorifient, eft faict a vne piece de monnoye forgee en vne cité, que a | la cité ou eft forgee, a valeur par ceulx qui l'ont inftituee, & enuers les autres eft reputee pour fauce & adulatrice.

 

 

Gloire de fang ne t'a hault esleué,
Ne t'a remis en fi trefgrand honneur :
Ie ne fuis pas icy hault fubleué,
Pour poluer mon fang par deshonneur.
Trefexcelent doncques, comme dict Platon, eft le trefor de fes progeniteurs les vertus, mais beaucoup plus excelẽt, pouuoir mettre au deuant le dict de Sthneus, qui dict.

 

 

Certes nous fommes beaucoup plus excelens
Que n'ont esté noz peres ne aieulx,
En chafcun faict memorables vaillans,
Qu'on voit la gloire luyre deuãt noz ieulx.

 

 

Car s'il y a toutallement aucune vtilité de nobleffe, a cecy qui vient a enflãmer les emulateurs a l'eftude propofe vn exẽple domeftique, en apres fi nous venons a degenerer a la vertu de noz | progeniteurs, nõ fans caufe ilz fe viennent à fafcher grandement, pourueu que s'il y a quelque fens aux defunctz, certes à nous autres il eft beaucoup plus deshonneur, d'autant que le fang eft plus illustre, certainement les imperities lefquelz font vehemẽtement de obfcure fentence, le gain qu'ilz font eft q beaucop de gens ne fcauent qu'ilz font en apres ceulx que l'honneur & la claritude de leur fang ne permet pas d'eftre caché, quel autre fruict portẽt ilz, par leur nobleffe, finon que tant feullement leur infelicité foit plus illuftre : ceulx qui n'ont correfpondant au genre du lieu ou ilz font fortis, ilz font beaucoup plus a mefprifer que ceulx qui font iffus de lieu obfcur, poufons le cas qu'vn furieux efuenté viẽne a prefcher la clarté de fon genre, qu'il declaire fon vice digne, que moins luy doiue eftre | pardõné, car d'vne mefme balance nous ne venõs pas a eftimer ou explorer les hommes plebeyes, que ne faifons ceulx qui font nays de nobleffe : ceulx la encores qu'ilz ne foient ornés que de bien peu de vertu, nous les venõs a prouuer ce qui eft defaillant a leur vertu, & le imputant a l'obfcurité de fon fang. En apres ceulx qui n'ont rien qui foit digne aux images de fes maieurs, encores qu'ilz foient plus excelens que les autres : touteffois nous ne les venons pas reuerer. En apres s'il y a aucun qui faiche, fe vienne a conferer & exercer l'art, par laquelle s'il eft noble il fe verra eftre non indigne de genre, ou finon il viendra a orner fon genre, imitãt celuy vieux Themiftocles, quant on luy obiecta par contumelie qu'il eftoit baftard. Il dit, ie cõmenceray mon fang a moy, & cõmẽcera p moy ma nobleffe, | mais le tien finera en toy : voy te ie prie ne auoir efté contre à Anacharfis Scytien, qu'il en foit moins en admiration & foit compté au nombre des faiges, touteffois qu'il eftoit de nation Barbare : Vn iour quelcun luy vint par oppobre obiecter qu'il eftoit de nation Barbare, certes dict il, fi la partie m'eft deshonneur, mais tu es le deshonneur de ta patrie, egregieufement retaxant l'hõme de foy rien n'eftre, ne fe venant à glorifier fuperbement que de fa patrie, que fi tu viens attentiuement & fixement contempler les affaires des hommes nõ eftre faictz illuftres, à caufe de leurs citez : mais au contraire par les hommes de bien & excelents en artz, leur cité auoit efté nobilitee. Ie te demãde quel nom, ou quelle dignité heuffe en Stagire, finon pour caufe q Ariftote y print | fa naiffance, en apres qu'elle a Solore, finon par Aratus & Chrifippus fuffe furuenue, en apres le nom d'Athenes dou eft-ce que de tant loing il à prins le nõ de fon origine, non pas pour la fecondité du terroir, car elle a heu les chãps bien peu fertiles : mais le bruit à efté plus pour les hommes que y font eftés nays, dont plufieurs cependant qu'ilz font deuenus genz de biens, ilz vindrẽt a impartir vne portion de leur gloire a leur patrie : mais tu en verras euidentement cecy eftre verifsime, fi en toy tu viens reputer Hiperbolus & Cleo, aufquelz la nobilité d'Athenes ne leur ∫pfrita de rien, finon que leurs malfaictz fe venoient rendre plus fameux. Pindarus dict, qu'on nommoit iadis les Boëtiens pourceaux, & en apres

 

Nous auons fouy le pourceau Boetique.
voulant par la poefie toutallement [C] ef-facer auec oppobres de telle gent, toute leur ignorãce : en apres ne viendroit il pas louer quelcun, celuy legiflateur des Atheniens par bon droict, qui deffendit le droict que le pere n'euffe à demander le droict de nouriffement au filz, à qui le pere n'auroit aprins aucune art : voyant mefmement que en ce temps la on venoit à exercer l'art, ou on voyoit les corps tresbeaux, dont cela vint fort en ufaige, que pour la forme du corps efmerueillable mefpriferoient le couraige. En apres tard & en vain venoient à deplorer, difant.

 

Vienne perir que plus ne me soit veüe,
La belle forme du corps que ma perdüe.
Aufsi à eulx leur vient à l'entendemẽt le dict de Solon, qui commande au cõmencement de attendre la fin de la vie en apres venant à incufer la vieilleffe, & eulx mefmes fe deuroient incufer.| venant à louer Eurypides qui dict.

 

Ne paffes pas ce terme fi eft faige.
Prends la beaulté au millieu de l'eage:
Il eft donc requis de louer ceulx la qui adiugerent la forme de l'adolenfcence eftre femblable aux fleurs du printẽps, comme ayãt leur volupté temperaire, & enfemble auoir loué le dict de Lefbia, car qui eft beau il eft entretãt qu'il fe voit, & celuy (quel qu'il foit) qui eft bon, il fera tout incontinent beau : il fault doncques obeyr à Solon, lequel nous vient a preferer vne mefme fentence. En apres la vieilleffe eft grandement molefté, comme par la tempefte que tombe fur nous, ne ayant tant feulement befoing d'eftre chaulfee & aufsi veftue : mais elle a trefgrand befoing de auoir habitation commode & duifible, & plufieurs autres chofes lefquelles font innumerables, contre celuy [C2] exemple de gubernateur beaucoup deuant, comme s'il fe failloit preparer cõtre la tempefte que nous doit furuenir quant cecy eft miferable

 

Le furieux & fot entend l'affaire.
& viens ça, dirois tu que la forme d'vn adolefcent, laquelle n'eft exalté de nulle art eftre virile, affauoir mon a la guerre, certes non fans caufe, a telz on leur viẽt a iaculer le dit de Homere, difant.

 


Ne viens tu pas traicter en ta maifon,
Le faict fouafue du conioinct mariage.
Et apres.

 


Aller chez toy prens chemin par faifon,
Faictz ceuenable, faictz traicté cõme faige
& n'y rendz aufsi.

 

A Troie vint un fur tous autres beau.
Mais il eftoit fort luxurieux, pource Homere ne fe fouuint de luy, que vne fois en racomptant le nombre des nauires, non pas pour autre chofe, felon | mon opinion, finon qu'il vint a declairer, combien font inutiles les hommes excelens par forme de beauté : touteffois a telz on n'y voit rien, ormis la forme, qui vienne conduire a l'vfance de la vie, mais quelcun infelice n'aura pas honte de dire, a faire grans amas de richeffes, la forme de beauté eft beaucoup conduifible, voyant que la vraye fenfe de la pecufne, mefmes la honnefte fenfe, fe vient a cumuler fermement par art. En apres le reuenu par la forme corporelle eft toufiours turpe & infame. Il fault donques que l'adolefcent iouxte le antique precepte, fa propre forme fouuent contempler au mirouer, que s'il fe voit de belle face, il faut qu'il foit foigneux que fon couraige foit tel, & qu'il eftime d'eftre vehementement abfurde, en vn corps formofe habiter cœur & couraige difforme, & que s'il [C3] fe voit que à fon corps la forme foit infelice, tãt plus fe doit il effayer d'auoir le couraige de le cultiuer, par vertus que lon luy puiffe obiecter le propos Homerique.

 

Quant quelcun n'a de corps la belle forme,
Par beau parler le vient Dieu lors orner :
Sa forme laide à bien parler conforme :
Sur luy les ieulx ont fix quant viẽt parler,
L'on s'efiouift voir la face de bon aër :
Sans foy faillir il parle comme faige,
D'une couleur naifue à fon vifaige :
Sus eminent en toute l'afsistance,
Que comme Dieu on vient à perfonnaige :
Voir, quant marcher par la cité s'auance.

Doncques par cela que nous auõs dit, il eft tout cler à ceulx qui du tout ne font alienés de fens, ne par nobleffe, ny pour fe confier de fa beauté, n'auoir iamais efté mefprifer les eftudes des artz, & touteffois ces chofes eftoient affez | fuffifantes. Toutefois ie viendrois à opiner qu'il fuft efté meilleur chanter celuy beau chant de diuerfes chanfons de Diogenes, lequel vne fois qu'il fut conuié en vn conuiue, à vn quidam lequel toutes les chofes qu'il poffedoit il les auoit nitidees & inftruictes d'vne exafte prouidence, & de luy il n'en auoit aucune cure craichant, retenant le crachat en la bouche, comme s'il le euffe voulu ietter : quant il euft regardé par tout, il ne veit lieu la ou il puiffe cracher, mais il vint à craicher fur le Seigneur de la maifon. Le maiftre voyant ce, il fut grandement indigné, & luy pria de luy dire pour quelle caufe il faifoit cela ? il refpondit, qu'il ne auoit veu en toute la maifon rien plus fordide & tant neglect, comme il eftoit : car toutes les murailles eftoient aornees de fort egregieufes painctures [C4] & le paué eftoit cõfigné de precieufes teffele quarrees, à vne chafcune ayant l'imaige des dieux grauee, toute fa vaiffelle eftoit pure & nette, & les couuertures des lictz, & les lictz mefmes eftoient elaborez d'vn beau & riche artifice, tant feulement on pouuoit voir le Seigneur negligent & fans cure : car vn chafcun à de couftume de cracher au lieu le plus deshonnefte que lon faiche en la maifon. Parquoy, ô ieune adolefcent, ne viens pas appareiller ne commettre digne, que on te vienne getter fur le crachat, encores que lon voye tout le refte eftre beau, certes il eft bien rare de ioyr vniuerfellement de toutes ces chofes, & que tu foies femblablement noble, riche, & bien beau.

Si cas aduenant toutes ces chofes aduiennent enfemble, touteffois il feroit abfurde, toy feul entre toutes tes facultez voir qu'on te crachaft deffus. Faictes doncques, ô enfans quiconques foiez qui efcoutez mon oraifon, à congnoiftre les artz & voftre couraige y appliquer : affin que iamais nul feducteur & homme ignare ne vous vienne à apprendre aucunes artz inutiles & mefchantes, faichant que nulle art | quelle que ce foit, ne venant aporter à la vie aucune utilité. Ie fuis feur qu'il m'eft biẽ perfuadé, que des autres vous y regardés bien perfpectiuement, que telles artz foient dignes de nom, cõme ietter les dez, cheminer par deffus vne corde prime, & foy virer fubitement en girouette : ne confiderant cependãt ce qu'il aduint à Mirmecrades l'Athenien, & à Callicrates Lacedemonien, tant grand exercice gymnaftique & athletique. Ie viens à craindre ne promettant comme force de corps & conciliant gloire enuers le commun populaire, aufsi enuers les maieurs honnorez par diurne largitions de pecune, & eftre reputé en tel femblable pris, auec les trefpreftantifsimes Artz, vienne à deceuoir quelque adolefcent & que la le feduife, vouldras qu'il vint à preferer & mettre au deuant en ceftuy art, | parquoy il vault mieulx cõtre ces chofes eftre premedité & preparé : car vn chafcun eft failli facilement aux chofes lefquelles ne font premeditees, certainement, ô enfans, l'efpèce des hommes à vne certaine communion auec les dieux, ce pendãt qu'il vfe de raifon auec les animaulx, il eft mortel. Doncques il eft meilleur, affin que les couraiges adiectés à meilleure partie par cõmunion nous ayons cure de erudition laquelle quant l'aurons attaincte, nous aurons le fouuerain bien qu'il appartient aux bons, & fi par l'opposite nous ne l'ayõs pas attaincte, touteffois nous n'aurons pas honte de ce nom, que nous fommes faictz inferieurs aux beftes bruttes ignauifsimes, mais l'exercitation athtletique du corps, fi elle ne ∫puient felõ l'affectãt eft turpifsime, & fi | elle prouient grandement, touteffois elle n'eft moins digne de louange que les brutes animaulx. Ie vous demande qui eft plus robufte que les Lyons, ou les Elephans ? ou qui eft plus veloce que le lieure ? mais qui ne fcait les Dieux mefmes n'eftre loués par autre chofe, fors que par les Artz controuees ? en telle forte & pour l'inuention defquelles nous auons honnoré les hõmes de fuprefmes & diuines honneurs : non pas pour auoir bien couru aux ftades : ne pour auoir ietté adroittement le plat : mais pour les artz controuees. Efculapius & Bacchus ou iadis au commencement furent hommes ou Dieux, certainement ilz ont merité fouuerains honneurs. L'vn pour nous auoir monftré l'art de mediciner. L'autre pour nous auoir aprins la raifon de cultiuer les vignes. Et fi tu ne me veulx croire,| certes l'autorité du Dieu Pythius te viendra à efmouuoir. C'eft ce Pythius mefmes qui prononça Socrates, entre tous les hommes eftre le plus faige, difant, & parlant à Lycurgus en cefte mode le vint à faluer.

 


Tu es venu Lycurge, o Roy louable,
A mon trefriche & honnorable temple :
A Iupiter ayme & agreable.
Et comprins hault fus l'Olimpe fi ample.
Si tu es Dieu ou homme ie contemple,
O Roy Lycurge la tienne deité
I'espere bien que ton fainct front & temple
Sera faict Dieu plain de diuinité.
Ce Pythius mefmes en apres à efté veu porter guieres moins d'honneur, & auoir heu à Archilocus mort. Car quant celuy qui l'auoit tué voulut entrer dedans fon temple, il luy deffendit d'entrer, difant.

 

 

Qui en mon temple entrer dedans fouhaite |
N'y entre poinct murtrier du clair Poete.
Maintenant viens moy raconter ces honnorables batteries athletiques hõnorees, par fes tiltres, mais tu ne le feras car tu n'as rien que dire, finon que par aduenture tu uiendras a mefprifer le tefmoing, comme indigne pour eftre creu. Certes il me femble que tu veuz demonftrer quelque cas, alors que tu viens ton fermon referer, au tefmoignage du commun populaire : & nous viens a obiecter la louange d'eulx. Et touteffois ie fçay affez, ne trauaillant d'aucune maladie tu le viens a cõmettre au populaire, mais & de tous efleuz bien peu aucuns, mefmes a ceulx qui font trefexpert en l'art de medicine, ne ceulx qui nauigent a plufieurs, mais a vn gubernateur. Finablemẽt aux chofes moindres, fi tu veulx edifier, tu viẽs a croire le charpentier, fi tu as befoing | de foliers le cordonnier, donc qui eft la caufe de la ou eft le dangier des chofes fouueraines, tu te viens a vendiquer la puiffance de iuger, oftant cela a ceulx qui fcauent plus q toy, car pour le pñt ie laiffe a faire mentiõ des dieux, efcoute que dict Euripide de Athletes.

 

 


Maulx infinis font par toute la Grece,
Nul mal n'eft pire d'Athlete l'espece :
Premier ceulx la guiere bien ne confeillent
Dãs leur maifon ne à leur profit ne veillẽt
Premier quant eft permis preuoir ceft estre
Mais dictes moy cõme pourroit cognoistre,
Richeffes aquerre le ferf en la perfonne,
Qui à la gueule & au ventre s'adonne :
Qu'il puiffe viure en fa maifon fans foing
Ne peult apres de fon bien grand befoing :
De fes fortunes ne fe foubstient content,
Car qui apres à esté en tout temps :
Par coustume en facons bien honnestes,
Souuent fe tornent en les artz deshõnectes|
Affin defia que tu entendes & le tout, l'eftude defquelz ceulx icy font tenuz n'auoit rien de bon, efcoutes donc encores vne foys s'il te plaift qu'il dict.

 

 

L'homme vaillant heureufement verfé
Agille aux pieds, legier en la paleftre :
Ou bien getter le plat au trou perfé,
Et biẽ à droit fur tous poincts le voit estre
Tresbien les coups de son hõme cognoistre,
Par tous les faictz viẽt vaincre fa partie
Vient raporter comme vaillant & dextre
Couronne aquife d'honneur en fa patrie.
Que fi tu defire de oyr parolles plus expreffes, efcoute ce que derechef il dict.

 

 

Affauoir mon fi on viendra prelire,
Par Mars ouuert contre fes ennemis
Par main que plat vient getter & plier,
Ou par aspic vibree il fera mis :
Des pieds legiers la n'y fera commis,
Nul fur ma foy pour bien le vray deduire
Toutes fes chofes font bien vaines ormis,|
Lors que le fer commencera de luire.

Affauoir mon fi nous viendrons à reciter Euripide, & tous les autres de telle fatine, mais nous permettrõs aux Philofophes le droict de iuger : mais aufsi bien d'auantaige par lez confeilz de tous eulx, venant à damner comme s'ilz parloient tous d'vne bouche, l'art de telz, & fi fort l'ont damnée que nul des medicins en aucune part ne la viẽt prouuer. Premierement tu orras Hippocrates difant, affection Athletique n'eft pas felon nature, meilleure eft l'habitude falubre : ainfi mefmes ont perfuadé les plus fouuerains medicins, lefquelz ont enfuiuy l'eage de Hippocrates : certainement ie ne vouldrois pas le iugement a prendre des tefmoings, car cela eft plus propre a l'Orateur, que a l'homme enuers lequel la verité eft en grand pris : touteffois pource que quel [D] ques vns fe viennent rendre à la multitude des tefmoings, & de la ilz viennent à capter vne vaine gloire, ny aufsi n'ont cure de l'exercice des chofes eftranges ny les confiderer. Ie fuis contrainct icy obiecter les tefmoings, afin qu'ilz entendent n'eftre les fuperieurs de nous : parquoy il ne m'a pas veu eftre intempeftiue de commemorer ce que feit Phryna. Laquelle fut conuiee

 

 

en vn banquet, ou il fe faifoit vn ieu | à plaifir, que l'vn commandoit à l'autre ce qu'il vouloit, adonc elle voyant plufieurs femmes a fa prefence qui eftoiẽt fardees de cerufe & de orcanette, comme demies painctes, elle commande fe faire apporter de l'eau, & incontinent leur commãda de mettre leurs mains en l'eau, puis lauer leur face : puis tout incontinent les feit bien effuyer d'vn linge, & elle commença premierement à ce faire. Incontinent à toutes les autres fẽmes leurs faces eftoient plaines de tafches : fi tu les heuffes veu, tu heuffes dict voir certaines imaiges faictes par artifice à la terreur comme mafques, mais Phryne eftre plus belle, que auparauant, car elle feulle n'auoit aucune beauté par artifice, mais elle auoit vne tresbelle forme nayfue, ne ayãt point befoing de mauuaifes artz, quant a la commendation de la forme, [D2] tout ainfi comme la vraye pulchritude, fe vient a explorer toute feulle par foy, expoliee de toutes chofes accidentalles par dehors. Ainfi l'exercitation Athetique conuient eftre defpendue feulle, affauoir mon fi lon voit qu'elle puiffe apporter quelque vtilité, ou publiquement aux cités, ou priueement a ceulx qui l'exercent : doncques veu q premieremẽt font variés les efpeces de biens, que naturellement nous auons, comme quoy ? ce que appartient au couraige, au corps, aux chofes exterieures, ne ormis cela nulle efpece de biens ne fe peult nullement excogiter à vn chafcun, cela eft trop clair, que ceulx qui exercent l'athletique, les biẽs de l'ame en fommeil n'ont attaint, veu que toutallement ilz ignorent cela, à fçauoir s'ilz ont ame ou non, ilz en font bien loing de congnoiftre qu'elle foit parti|cipante de raifon, voyãt que toufiours il affemble a force chair & fang, ilz ont l'ame fort fubmergee en grande boue : afin que exaftement ne fe puiffe entendre, vray eft que telle ame n'eft moins ftupide que celle des beftes bruttes, & par aduenture les Ahtletes viendront contendre, comme conferant aucunement aux biens du corps. Ie te demãde doncques, ilz fe attribueront la bonne valetude, que rien n'eft plus precieulx : certes tu ne trouueras autres affectiõs plus dangereufes au corps. Si foy eft dõnee à Hippocrates, qui dict, la fouueraine bonne habitude du corps eftre dãgereufe, laquelle ceulx icy affectent. Aufsi il dict, que l'exercitation de la fanté eft de ne foy faouler de viandes, mais en tout eftre agile eft loué de to° : ceulx icy font le cõtraire quant ilz trauaillent oultre mefure, & aufsi ilz fe [D3] rempliffent oultre couftume, en fomme ilz mefprifent de celuy vieulx Hippocrate le fermon, comme furprins de fureur corybante : car il demonftre que raifon de vie doit efte accomodee, pour la protection de la bonne valetude, il dict labeurs, viandes, boire, dormir, & tout moderé. Ceulx icy to° les iours fe exercitent en labeurs defordonnement, & fouuent fe viennent à ingurgiter de viandes, & par violence proferent la fumption de la viande iufques à minuict, & quelcun leur vient à getter cela que dict Homere.
 

 

Le commun peuple & hommes repoufoiẽt,
Par doulx sõmeil furprins (toute la nuict)
Les grãs feigneurs außi trestous dormoiẽt,
Le corps par fomme ne prenoit nul ennuict
Le mordicant fommeil donnoit deduict,
L'homme affoupi par fommeil amiable :
Et nul fommeil n'auoit encores induict,
Les malheureux Athletes miferables.

Tout femblablement comme ilz font aux viandes & aux labeurs, ilz viennẽt à moderer le fommeil : car au tẽps que les autres viuant felon nature, venant de l'œuvre & demãdant viandes, apres ilz fe faoulent de dormir, afin que leur vie foit femblable aux porceaux, finon que les porceaux ne trauaillẽt pas oultre mefure, & ne font conftans à manger, mais ceulx icy en endurant cela font entachés des taches de Rododaphnes. Adonc celuy prifque Hippocrates oblie ce qui a efté dit, & adioufte cecy, vehementement & fubitement remplir le corps, ou le vuider, ou le chauffer, ou le refrigerer, ou le efmouuoir en quelque autre moyen que ce foit, eft fort perilleux, car tout, dict il, qui eft vehement eft ennemy de nature, mais ceulx icy ne veulẽt rien efcouter [D4] à fes parolles ne à nulz autres, que venant à tranfgreffer les dictz auec ce, mais pluftoft vfent de tours qui repugnent auec les preceptes. Parquoy certes ie dirois cefte exercitation nõ eftre conuenable à la bonne valetude, mais pluftoft accerfer maladies, car fi ie ne fuis failli, Hippocrates y confent, quãt il dict. Affection Athletique n'eft pas felon nature, mais l'habitude falubre eft meilleure. Par ces dictz, tant feullement il n'a pas manifeftement nié leur exercitation eftre naturelle, mais aufsi leur habitude à appellee affection, les voulans expolier de l'hõneur du nom, lequel tous les anciens ont de couftume de appeller homme, ceulx qui feroient de bonne valetude : car habitude eft certaine affection ftabile & perpetuelle. Au contraire l'habitude de Athletes, fortie iufques a fon dernier | poinct, les biens du corps, en apres elle eft fubiecte en peril, puis facilement elle eft muable au contraire, car elle ne vient à receuoir accefsion, pource que elle vient iufques a la fummité ou elle eft paruenue, & pour cela que elle ne peult concifter en vn mefme eftat, il ne refte rien finon qu'elle fe vienne à conuertir en deterieur : & veritablement cependãt qu'ilz exercent l'athletique leur corps eft en eftat. En apres s'il aduient qu'ilz defiftent de l'exercice, ilz trouuent beaucoup plus pire, car les vns apres quelque peu viennẽt a mourir & les autres viuent d'auantaige, certes ilz ne paruiennent pas iufques a la vieilleffe, & fi quelque fois aucû d'eulx y prouient, qu'ilz ne different en rien à celles Lites homeriques boiteufes, ridees, chafsieufes, & priuees des ieulx. Car tout ainfi comme les parties d'vne | muraille des murs d'vne ville font concaffees & battues par tourmens, pour peu de dommaige qu'il leur furuienne elles tombent facilement, ne mouuement de terre, ne nul autre grauier infulte ne peuuẽt fouffrir, tous les corps de Athletes font corrompus & faictz imbecilles, par les pluyes & naureures qu'elles ont receues en exerceant, & facilement font lezees par bien legiere occafion qui leur furuienne. En apres a plufieurs les ieulx font caues ou foffoyés, quant defia la force de refifter eft deffaillie, font remplies de phlegmes, & leurs dentz font labefres par la frequẽnte concution, & par la fuccefsion du temps deftituees de vertu, ilz defcheẽt facilement : en apres la fimmetrie compacte des membres, comme le plus fouuent font tortues & fe rendent inualides, ne toute violence que furuient par | dehors, & tout ce que à efté rompu, ou contrainctement retiré, facilement fe vient à efmouuoir : quant à ce que appartient à la bõne valetude. Il eft trop clair, nul genre eftre plus miferable q des Athletes, parquoy non fans caufe s'ilz font notez d'vn genereux furnom dictz Athletes, ou qu'ilz ayent le furnom Athlioi, c'eft à dire miferable, ou que tous deux communement foient nommez Athliotetes, c'eft a dire mifere, comme ayant forty le furnom d'vne terre. Donques puis que nous auõs traicté le fouuerain, lequel eft entre les biens du corps, & quoy ? de la bonne valetude : maintenant paffons oultre au refte, affin que non tant feullement l'exercitation Athletique ne vient à rien conferer a la beaulté, parquoy aufsi plufieurs de ceux icy, qui font cõpofez de corps merueilleufement bien, & les | gymnaftes qui les auoient en cure, les faginãt oultre mefure, & les inferieurs de chair & de fang, ilz les viennent à remettre en diuerfe efpece de corps, aufsi d'vne face difforme, & toutallement eftrange & falle le vient rendre, mefmes ceulx la qu'ilz auoient inftituez à la batterie des poingtz : en apres defpuis qu'ilz ont bien leurs membres rompus & diftors, ou bien parfondrés les ieulx, par la il appert manifeftemẽt le grand fruict qu'ilz ont de telle art : ainfi leur affaire vient à fucceder tref-bien tandys qu'ilz font fains, quãt à la commodité de la forme. Incontinent qu'ilz defifteront de exercer enfemble les autres organes du corps viennent perir, & tous les membres comme i'ay dict, diftors, ilz ne rendent bien difforme, par aduenture rien de tout ce qu'a ia efté dict, mais ilz fe attribueront | robeur & force, car ie fçay affez qu'ilz diront cecy. Cela appartient grãdement à tel affaire, mais par les dieux quelle force, ou a quoy utile ? affauoir mon fi point à l'agricolation, donc tresbien fouir, meffoner, ou quelque autre chofe femblable qui apartienne à l'agricolation, mais par aduenture elle à la chofe bellique, viens donc oyr encores ce que dict Euripides, lequel vient à chãter leurs grandes louanges.

 

 

bis. Euripidi tribuit Galenus.

Ne viendra lon donner l'aspre bataille,
Ou faire guerre comme ennemis par main :
Sus platz pourtans ne fraperont de taille,
Tout cela n'eft pour fraper que cas vain :
Rien pourroit il des piedz lagil & fain,
A defchaffer ennemis des cités :
De tout cela ne font que vanités,
A mon aduis nulz feroient excités,
Mefmes quant biẽ tous ces gents ie cognois :|
Vain feutz tout quant à la verité,
Si lon voyoit par lors luyre lharnois.

En apres contre la froidure & chaleur ilz font valides quant a ce, imitãt Hercules, que tãt en Yuer comme en Efté, ilz font couuers d'vne peau & defchauffez, perpetuellement dormant la nuict au ferain, couchãt en terre, car en toutes ces chofes les enfans nouuellement nays font plus imbecilles. Doncques par quelle caufe viendroient ilz manifefter la fimilitude de leur force, & ou feront a eulx agreables & dreffer leurs creftes : certainement non pas bien a cecy que les cordonniers, les charpentiers qui font edificateurs de maifons les deiecterent en la paleftre, ou aux ftades, il pourroit bien eftre que en cecy que tout le iour en venant a fufciter la pouldre & foy veautrer, ilz iugeront droictement fe pouuoir faire, & digne | de louange : vray eft que cefte louange eft pluftoft aux cailles & aux perdris. S'il eft donc dict qu'ilz leuent leurs creftes, & qu'ilz fe lauent tout le iour de fange. Mais dy moy par Iupiter, celuy Millo Crotoniales, iadis il porta par vne ftade fur fes efpaules, vn des toureaux immoles : ô memorable demence de ceulx qui n'entendent pas cecy, que vn peu au parauant, l'ame auroit porté le corps de l'animal vif, certes il porta de beaucoup plus moindre labeur que Millo,car il pouuoit courir quant il le portoit, touteffois celle n'eftoit de nul pris, nõ plus que celle ame de Millo : mais la fin de tel homme declaira qu'il n'auoit point d'entendement.

 

 

Vne fois il regardoit vn ieufne adolefcent, qui auecques des coings fendoit des arbres, il le feit ofter de la en fe mocquant de luy, & luy ne vfa point d'autres inftruments que de fes propres mains, il deduifit le boys en pieces, car toute la force qu'il auoit il l'employa au premier effort, tãt qu'il vint deduire & diuifer le boys l'vne partie de l'arbre ça & l'autre la, & ce pendant les coingz tomberent auec l'autre partie | de l'arbre il ne peult diuifer : certes longuement il fe effaya, à la fin il fe trouua vaincu, & n'euft plus de puiffance de extraire fes mains, mais par les deux parties du tronc conioinctement referrees, fes mains premierement furent comprinfes & puis brifees, & apres furent caufe de la miferable fin de Millo. Donques il luy profita beaucoup en cecy, car il n'euffe fouffert aucun mal, auoir pourté par vne ftade le taureau mort : affauoir mon, fi en ce temps la il heuffe peu conferuer la Grecque republique, par lors qu'ilz faifoient guerre contre les Barbares, la force de Millo, laquelle il declaira en pourtant le taureau, pluftoft que la fapience de Themiftocles : lequel premierement d'vn droict indice, vint à deprehender la fentence de l'oracle : en apres il vint à conduyre la bataille comment failloit | car un confeil vnique prudent, vient à fuperer beaucoup de mains. En apres l'vfance auec armes, eft pire que nul autre mal, certes ie penfe defia eftre perfpicuement declairé, l'exercitation athletique ne fcauoit cõferer aucune vtilité aux iunctions de la vie. Aufsi ilz ne foient d'aucun pris à ceulx par qui font exercés : vous le cognoiftrez fi ie vous raconte celle fable, qu'vn certain homme bien elegantement la aornee, par prolixes carmes : mais la fable eft de telle façon. S'il aduenoit que par la volonté de Iupiter, a tous les animaulx aduinfe vn confentement & vne focieté de vanité tout enfemble, afin que en Olimpe le crient, non pas tant feullement les hommes vinffent au pris appeller : mais qu'il permift a tous les animaux treftous venir a vn moment. Ie croy que nul homme ne feroit couron|né mefmes à vne certaineté, qu'il fe vient à eftendre iufques à vingt & trois ftades, qu'ilz nomment Olichon, dict le cheual le furmontera beaucoup plus en bref cours, mais qu'il ne foit pas plus loing d'vne ftade le lieure emportera le pris. En apres au diaule la ou le cours & recours vient à duplicquer l'eftade, le dain premier emportera les ioyes : bref nul des hommes n'eft pas pour eftre mis au nombre ! O miferables hommes, combien font legieres voz exercitations : & eft bien d'auantaige, que nul apres l'eage de Hercules ne fe monftrera plus robufte, que vn Elephant, ou vn Lyon, & ie le penfe bien, veu que le taureau emporteroit la courõne à la batterie pugile, aufsi il dict, que fi l'afne veult contendre des talons, il emportera la couronne, & fera efcripte de variable euenement, que l'afne au pancrace auroit vaincu les hommes : mais cela eftoit du temps de la vingtvniefme Olimpiade, quant l'afne crioit d'auoir vaincu. Cefte fable vient à declairer la force Athletique ne eftre du nombre de celles qu'il fault que les hommes fe exercẽt : mais les Athletes fans force antecelent les animaulx. Par quelle façon fe viendront ilz à vendiquer des autres [E2] biẽs, que fi que lcun difoit la volupté du corps eftre nombree auec les biens, certes il n'eft pas affez fuffifant, ne durant qu'ilz l'exercent, ne aufsi apres l'exercitation : car quãt ilz exercent l'Athletique, ilz viuent en trauail & en miferes, non pas tant feullement pour l'exercice, mais pource qu'ilz font contrains à edacité, que s'il aduient qu'ilz prennent mifsion de l'art, plufieurs fe font de leurs corps boiteux & debiles. Dont par aduenture ilz s'en glorifient, pource que fur tous les autres ilz font grand amas de pecune & autres biẽs : touteffois on les peult voir eftre tenuz & obligés par debtes d'argent qu'ilz doiuent : tu ne fcaurois trouuer vn Athlete plus riche d'vn poil, que le vilagois d'vn homme riche : combien que cela ne foit trop honnefte de amaffer richeffes par telle art, il feroit beaucoup mieux fcauoir telle art que le nauire rompu, qui viẽt à nouer au nauphraige de la mer auec le maiftre : Cela n'aduient pas à ceulx qui procurent les negoces des riches, ne aux publicains, ne aux negociateurs, & touteffois ceulx icy s'enrichiffent par leurs artz. En apres fi leur pecune fe vient à perdre, aufsi fe perd leur negociation, de laquelle ilz ont ouuré de leur pecune | par quelque fort, car fi cela leur fault, ilz ne peuuent reftaurer leur priftine negociation : & fi quelcun vient eftudier pour foy apareiller pecune, l'art eft pour eftre exercée, permanente par toute la vie, aufsi voyãt que les artz fe diftribuent par la premiere diuifion en double difcrime : car les aucunes conftent de raifon & font liberales & honneftes, des autres font contemptibles qui conftent de labeur de corps, qu'on nomme fedentaires & mains ouurieres, mais il feroit requis d'apprendre quelcune de celles premieres. Doncques il fault eflire quelcune art & y exercer la ieuneffe, de qui l'entendement ne foit pas toutallement brutal, ou bien la meilleure, laquelle felon mon iugement eft l'art de mediciner mais cecy nous fera apres demonftré.

FIN

 

 



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